SI#2 : Julie Neuwels

Vendredi 28 Octobre 2016

thème B : ACTEURS ET METIERS DU PROJET (coord. Isabelle Grudet- LET)

Séminaire international  / Séance du Vendredi 28 Octobre 2016 – Après-midi

Bâtiment énergétiquement performant et architecte « exemplaire », entre constructions sociales et instruments d’action publique. Apports, limites et dérives 

Le bâtiment énergétiquement performant apparaît aujourd’hui comme une évidence, au niveau des pouvoirs publics à tout le moins. A Bruxelles, cette évidence a atteint son paroxysme avec une réglementation se référant aux exigences de la « construction passive » et présentée comme une « évolution naturelle ». En même temps, quatre ans durant, les porteurs de cette réglementation ont dû composer et ruser pour construire cette évidence dans l’espace public mais aussi dans l’arène politique. Et, non sans se contredire, ils n’ont pas manqué de souligner l’ampleur du changement de paradigme à l’œuvre, tout en saluant l’exemplarité de certains acteurs de terrain, en particulier d’architectes. De fait, le bâtiment énergétiquement performant n’est ni anodin, ni évident, en témoigne le développement critique dans le champ des sciences sociales. Pour contribuer à ce développement, tout en le croisant avec un regard d’architecte, je me suis intéressée aux normativités de l’institutionnalisation du bâtiment performant bruxellois en prenant appui sur la sociologie cognitive de l’action publique. Visant à en comprendre et à en questionner la portée transformative, ce travail s’inscrit dans une optique de décomposition de la solution « bâtiment énergétiquement performant », et plus largement « architecture durable », en s’attachant à sa signification plutôt qu’à son efficacité. Établi sous la forme d’une genèse des relations qui se nouent entre l’architecture, les idéologies et l’action publique, de l’industrialisation à nos jours, ce travail propose une lecture du bâtiment performant à partir de l’usage politique de l’architecture pour faire société. La performance énergétique n’y apparaît pas comme un objectif allant de soi, mais comme un référentiel qui, parmi d’autres et non sans dérives, participe à (re)définir l’architecture (durable) et qui transforme, parfois insidieusement, le rôle social alloué à l’architecte.

Julie Neuwels est architecte et titulaire d’un doctorat en Art de Bâtir et Urbanisme. Ses travaux portent sur l’institutionnalisation de la construction durable, abordée sous l’angle des dimensions politiques de l’architecture et des architectes. Elle est actuellement collaboratrice scientifique à la Faculté d’Architecture de l’Université Libre de Bruxelles et chercheuse/coordinatrice de projet au Brussels Studies Institute.

Suggestions bibliographiques pour la séance :

Beslay, Christophe, Gournet, Romain et Zélem, Marie-Christine, « Le ”bâtiment économe” : Utopie technicienne et ”résistance” des usages », dans Boissonade, Jérôme, (Éds), La Ville durable controversée. Les Dynamiques urbaibes dans le mouvement critique, Paris, Pétra, pp. 335-363.

Bourg, Dominique et Fragnière, Augustin, « Enjeux techniques : nature, pouvoir et humanité », dans Bourg, Dominique et Fragnière, Augustin, La Pensée écologique, une anthologie, Paris, Presses Universitaires de France, pp.479-488.

Neuwels, Julie, « L’architecture (durable) comme technologie de gouvernement : apports et détournements de la sociologie de l’action publique », Clara, n°3, pp. 63-72. En ligne : https://www.researchgate.net/publication/301778615_L%27architecture_durable_comme_technologie_de_gouvernement_Apports_et_detournements_de_la_sociologie_de_l%27action_publique

Pinson, Gilles, Béal, Vincent et Gauthier, Mario, 2011. « Introduction. Le développement durable et les sciences sociales de l’action », dans Béal Vincent, Gauthier, Mario et Pinson, Gilles, (Éds), Le développement durable changera-t-il la ville ? Le regard des sciences sociales, Saint-Etienne, Publications de l’Université de Saint-Etienne, pp. 8–30

Swyngedouw, Erik, 2007. « Impossible ”sustainability” and the postpolitical condition », dans Krueger, Rob et Gibbs, David, (Éds), The sustainable development paradox. Urban political economy in the United States and Europe, New York, The Guilford Press, pp. 13–40.

Textes pour se préparer à l’écoute :

Mathieu, Nicole, 2006. « Pour une construction interdisciplinaire du concept de milieu urbain durable », Natures Sciences Sociétés, n° 4 (14), pp. 376–382. En ligne : https://www.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2006-4-page-376.htm

Neuwels, Julie, 2013. « Construction durable : expertise et contre-expertise d’architectes », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, n°2 (13). En ligne : http://vertigo.revues.org/14166

Zélem, Marie-Christine, 2012. « Les énergies renouvelables en transition : de leur acceptabilité sociale à leur faisabilité sociotechnique », Revue de l’énergie, n° 610, pp. 418–424. En ligne : http://www.global-chance.org/IMG/pdf/Zelem_ENR_RevueNRJ-Dec2012.pdf

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