ST#11 :Manola Antonioli & Maria Anita Palumbo

Vendredi 8 Janvier 2016 à 9h30

Thème F : ESPACES PUBLICS, COMMUNS, COLLECTIFS, UN ENJEU DE LA VILLE CONTEMPORAINE
(coord. Alessia de Biase, LAA)

#1 Interroger le « Faire Commun »

Manola Antonioli, pour interroger le « faire commun », traitera de la multiplication de communautés qui a caractérisé l’essor d’Internet et des réseaux depuis les années 1990 qui s’étend désormais de l’ « économie immatérielle » à l’invention et à la production d’objets à travers les méthodes et les lieux d’innovation communautaires qui caractérisent le mouvement maker et la diffusion des Fab Labs et tiers lieux. Loin d’être des « communautés désœuvrées » (pour reprendre une célèbre expression du philosophe Jean-Luc Nancy) ces nouvelles formes de communautés se structurent autour du « faire » et de lieux hétérogènes (hackerspaces, makerspaces, Fab Labs, ateliers de production et réparation, etc.) où s’invente une hybridation entre le monde du bricoleur et de l’artisan et celui de l’ingénieur et de l’informaticien. Ces nouveaux lieux se caractérisent par l’auto-fabrication numérique et la constitution de savoirs collectifs virtuellement accessibles à tous grâce à Internet et prolongent la diffusion des dynamiques de collaboration et de partage qui ont fait le succès des mouvements du logiciel libre et de l’open source. La reconfiguration du « faire » qui est en jeu dans ces nouvelles pratiques d’ « artisanat numérique » implique aussi de nouveaux rapports à l’environnement, l’émergence de nouvelles formes ouvertes de communautés, de nouveaux partages entre espace public et espace privé, pratiques artistiques et pratiques artisanales, la création d’une nouvelle « fabrique du sensible » dans la cité, autant d’aspect que cette intervention se propose d’explorer. Successivement, Maria Anita Palumbo, pour questionner notre thème, partira de l’ ethnographie du quartier au nom et à la géographie variable qu’est Barbes-Chateau Rouge-la Goutte d’or et de ses « espaces extérieurs », pour analyser le rôle, dans les villes contemporaines, d’espaces où se joue une urbanité différente, qui souvent déjoue les règles dominantes du vivre en société, ou, du moins, en montre le degré de conventionalité. Si plusieurs chercheurs ont fait appel au besoin d’un espace public “ouvert” dans les villes contemporaines, montrant l’interrelation entre transformation spatiale et sociale (Jacobs 1961; Sennett 2006 ; Madanipour 1996; de Biase et Coralli 2009), la tendance globale semble entreprendre le chemin inverse, c’est à dire la production d’espaces homogènes, standardisés où la nécessité de contrôle est prioritaire. Ce processus de reconfiguration des espaces publics des villes contemporaines ne se fait pas sans fractures, sans sélections entre des formes et pratiques de l’espace valorisées ou vouées à être effacées et exclues. Il est alors interessant et nécessaire d’observer ce processus de transformation pour questionner comment l’anthropologie peut observer les espaces publiques et questionner ce qu’est l’espace public aujourd’hui. En particulier dans le contexte des villes européennes et de la rétorque croissante sur le « cosmopolitisme » qui serait le trait spécifique des métropoles contemporaine, quelle place réservons nous à des espaces publics où une urbanité différente se manifeste et où nous pouvons éprouver la « condition cosmopolite » (Agier 2013) du Monde?  Quand l’espace public est l’objet et le lieu d’un processus de domestication et normalisation de la part d’une arène d’acteurs qui réclament le rétablissement de normes d’usage, définissant le profile d’un « usager légitime » qu’en est il du faire « commun » des ces espaces publiques?

Manola Antonioli est docteure en philosophie et sciences sociales de l’EHESS-Paris, HDR en esthétique (architecture) et ancienne responsable de séminaire au Collège international de philosophie. Elle a enseigné l’histoire et la théorie du design et de l’architecture de 2012 à 2015 à l’Ecole nationale supérieure d’art de Dijon, où elle a également dirigé le LARU (Laboratoire de recherche urbaine). Elle est actuellement professeur de philosophie à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette, chercheuse au Gerphau (UMR LAVUE 7218 CNRS). Elle a publié de nombreux articles sur la philosophie de l’architecture et de l’urbain, l’esthétique, la philosophie des techniques, la théorie du design, ainsi que des ouvrages personnels ou collectifs qui se situent dans les mêmes domaines de recherche. Derniers ouvrages publiés (direction ou codirection) : Machines de guerre urbaines, Paris, Editions Loco, 2015 ; Paysages variations (avec Vincent Jacques et Alain Milon), Paris, Éditions Loco, 2014 ; Théories et pratiques écologiques, Nanterre, Presses universitaires de Paris-Ouest, 2013.

Maria Anita Palumbo est Maître Assistant en SHS à l’ENSA Saint-Etienne, Docteur de l’EHESS en Anthropologie sociale et Ethnologie. Elle a un Master II en cinéma documentaire et anthropologique et une Maîtrise en Ethnologie et Sociologie Comparative de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense. Elle est chercheur membre du Laboratoire Architecture et Anthropologie (UMR 7218 LAVUE CNRS) avec lequel elle collabore depuis 2006. 

Suggestions bibliographiques pour la séance

  • AGIER, Michel, La Condition cosmopolite. L’anthropologie à l’épreuve du piège identitaire, Paris, Éditions La Découverte, 2013
  • BIASE, Alessia de et CORALLI , Monica (dirs) Espaces en commun. Nouvelles formes de penser et d’habiter la ville, Paris, L’Harmattan, 2009
  • BURRET, Antoine, Tiers lieux, Paris, FYP, 2015.
  • DARDOT, Pierre et LAVAL, Christian, Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, Paris, La Découverte, 2014.
  • FOUCAULT, Michel, Le Corps utopique, suivi de Les Hétérotopies, Paris, Nouvelles Editions Lignes, 2009.
  • INGOLD, Tim, Making, New York, Routledge, 2013.
  • JACOBS, Jane, Déclin et survie des grandes villes américaines, Marseille : Parentheses,‎ 16 août 2012 (1961)
  • LALLEMENT, Michel, L’Age du faire, Paris, Seuil, 2015.
  • MADANIPOUR, Ali, Design of Urban Space: An Inquiry into a Socio-spatial Process, John Wiley & Sons, 1996
  • OLDENBURG, Ray, The Great Good Places, Paragon House, 1989.
  • SENNET, Richard, La culture du nouveau capitalisme, Paris, Albin Michel,‎ 2006,

Textes à lire pour se préparer à l’écoute 

LIEU243-f9bf9 Marianita Paulmbo, « Figures de l’habiter, modes de negociation du pluralisme à barbès. L’alterite comme condition quotidienne », Lieux communs, n° 12, 2009

 

 

PDF

Extrait de l’ouvrage collectif POÉTIQUE(S) DU NUMÉRIQUE 4. Refaire atelier : entre esthétique et poétique, à paraître en février 2015 aux éditions L’Entretemps, Bordeaux (codirection Manola Antonioli)

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