St#9 : Philippe Zourgane & Manola Antonioli

Vendredi 11 Décembre 2015  – 09h30

thème E : VILLE ET ENVIRONNEMENT. CRISE OU NOUVEAUX PARADIGMES ?
(coord. Manola Antonioli – GERPHAU) 

Ville et paysage, entre conflits et pacification

Philippe Zourgane présentera ses recherches en cours sur végétation, pacification et architecture. Le paysage est considéré comme un domaine spécifique travaillé par les paysagistes et expliqué par l’histoire de l’art. Dans cette intervention, il s’agira d’ouvrir l’aménagement du paysage à une action de pacification globale dans un contexte colonial. La transformation du paysage a été toujours considérée de façon très factuelle, associée à des événements locaux (croissance démographique, crise économique ou mesures de développement) ou d’ordre plus global (guerre, traités de paix, annexions). Il faut relire le Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire pour comprendre et ressentir la violence produite par le système colonial. Le style universitaire  ne peut traduire qu’avec difficulté la violence qui ressort de la définition de la colonisation donnée par Césaire : « Colonisation : tête de pont dans une civilisation de la barbarie d’où, à n’importe quel moment, peut déboucher la négation pure et simple de la civilisation. » Au-delà de la violence et de la domination exercées par l’armée ou le pouvoir policier, on trouve l’usage de l’aménagement du territoire pour détruire les communautés préexistantes, pour éviter la révolte et acculturer les peuples colonisés, en d’autres termes pour les « domestiquer ». Michel Foucault a décrit les architectes et les urbanistes européens comme les premiers à avoir compris et utilisé la notion de « milieu », même avant l’invention du terme en tant que concept biologique par Lamarck. La programmation du paysage à ses différentes échelles est l’activité qui a permis au pouvoir colonial de travailler sur un « milieu » global (naturel et artificiel à la fois) pour agir de façon massive sur toute une société. L’exemple de l’Algérie pendant la période coloniale sera utilisé pour expliquer ce phénomène.

Manola Antonioli présentera les travaux de recherche qu’elle a récemment dirigés autour de la notion de « machines de guerre urbaines ». Des architectes, designers, théoriciens, artistes ou simples citoyens, de plus en plus nombreux, élaborent de nouvelles théories et pratiques relatives à la complexité des espaces urbains contemporains. Leurs actions et leurs projets acceptent de laisser place à l’imprévisible et à l’inattendu, de fonctionner selon les principes nomades qui caractérisent la « machine de guerre » théorisée en 1980 par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille plateaux. L’intervention essaiera de donner un aperçu de la variété des dispositifs qui sont ainsi en train de s’inventer : guerilla gardening, émergence de nouveaux paysages produits par la nouvelle place faite à la nature et à ses dynamiques spontanées dans la ville, formes inédites d’agriculture urbaine, interventions artistiques et architecturales dans les interstices et les « territoires entre-deux », marches et dérives urbaines, cartographies en navigations, « récits de territoire », mais aussi micro-usines urbaines et hétérotopies qui nourrissent les pratiques, les théories et l’imaginaire contemporain de la ville.

Philippe Zourgane est architecte et docteur en architecture du Goldsmiths College, University of London. Il est Maître Assistant en TPCAU à l’ENSA Paris Val de Seine, chercheur au laboratoire Architecture Milieu Paysage (AMP) à Paris et au Centre For Research Architecture à Londres. Il travaille tout particulièrement sur les politiques de la végétation et sur la relation entre pacification et architecture. Il est codirecteur de la société ROZO qui réalise des projets d’architecture, paysage et environnement expérimentaux en France et à l’étranger.

Manola Antonioli est docteure en philosophie et sciences sociales de l’EHESS-Paris, HDR en esthétique (architecture) et ancienne responsable de séminaire au Collège international de philosophie. Elle a enseigné l’histoire et la théorie du design et de l’architecture de 2012 à 2015 à l’Ecole nationale supérieure d’art de Dijon, où elle a également dirigé le LARU (Laboratoire de recherche urbaine). Elle est actuellement professeur de philosophie à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette, chercheuse au Gerphau (UMR LAVUE 7218 CNRS). Elle a publié de nombreux articles sur la philosophie de l’architecture et de l’urbain, l’esthétique, la philosophie des techniques, la théorie du design, ainsi que des ouvrages personnels ou collectifs qui se situent dans les mêmes domaines de recherche. Derniers ouvrages publiés (direction ou codirection) : Machines de guerre urbaines, Paris, Editions Loco, 2015 ; Paysages variations (avec Vincent Jacques et Alain Milon), Paris, Éditions Loco, 2014 ; Théories et pratiques écologiques, Nanterre, Presses universitaires de Paris-Ouest, 2013.

Bibliographie

  • ANTONIOLI, Manola (dir.), Machines de guerre urbaines, Paris, Editions Loco, 2015.
  • FANON, Frantz, Les Damnés de la terre [1959], Paris, La Découverte, 2002.
  • GALULA, David, Contre-insurrection. Théorie et pratique, Paris, Economica, 2008.
  • ROCARD, Michel, Rapport sur les Camps de Regroupements et autres textes sur la guerre d’Algérie, Paris, Mille et une nuits, 2003.

1 Texte à lire pour se préparer à la séance :

Cesaire

 

 

 

 

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