Workshop de recherche à Rome

les temps de san lorenzoWorkshop de recherche

Les temps de San Lorenzo
Chronotopie d’un quartier

du 6 au 13 juin 2014
Rome, Italie

Enseignant responsables : Alessia de Biase, Alice Sotgia et Piero Zanini (LAA)

Partenaires à Rome : La libera Repubblica di San Lorenzo

Dans les dernières décennies, le quartier San Lorenzo à Rome subit des énormes transformations. Quartier populaire et ouvrier du début du XXe siècle, et emblème de la Résistance à Rome, de la fin des années 1960 il devient le lieux des importantes initiatives politiques et culturelles menées par des étudiants et des travailleurs, des collectifs de gauche extraparlementaires, des féministes et des partis politiques, des groupes et d’ateliers d’artistes. Sa proximité au campus de l’Université La Sapienza le rend dans le temps aussi un quartier universitaire. Enfin, parmi des habitants, naissent des associations de bénévolat, des coopératives sociales et des initiatives pour l’autogestion des services.

Aujourd’hui San Lorenzo est toujours un quartier d’étudiants, d’artisans et d’artistes ; de groupes sociaux et politiques, mais aussi des anciens habitants, souvent gênés par les transformations récentes et en cours. Face à une cohabitation qui devient toujours plus difficile dans le quartier, en 2013 des comités territoriaux, des associations, des espaces occupés et des collectifs politiques, des étudiants et des habitants, ont tous décidé de partager des compétences, des ressources, des lieux, afin de comprendre les transformations en cours et pouvoir intervenir. La « Libera Repubblica di San Lorenzo » est ainsi née. Des actions et des occupations ont rythmé l’histoire de ce mouvement qui cherche à s’opposer à la gentrification violente du quartier. Des comités, « circoli », ont pris place et tout particulièrement un dédié à l’urbanisme, la spéculation immobilière et le droit à l’habiter qui est en train de formuler une contribution des habitants à la définition du projet urbain de la Mairie de Rome pour le quartier.

Le LAA accueille l’invitation que la Libera Repubblica di San Lorenzo lui fait pour réfléchir ensemble sur les enjeux du quartier et propose de transformer ce moment de réflexion dans un workshop avec les étudiants de DPEA et de 1ère année de doctorat pour explorer les modalités de révéler les temporalités à l’œuvre, réelles et/ou imaginées, dans le quartier de San Lorenzo.

Dans le projet scientifique du LAA, la transformation de la ville est inscrite comme objet privilégié de son investigation qui doit se comprendre à travers des outils et approches pertinents. Dans ce cadre et depuis plusieurs années de réflexion et de recherches, un travail (théorique et empirique) sur la dimension temporelle de la ville contemporaine et sur les formes qui rendent les temps concrets est porté en avant, comme approche utile et nécessaire. L’hypothèse que nous faisons est que l’expérience de l’habiter est une expérience à la fois spatiale et temporelle. En ce sens, la ville constitue – par les signes, les permanences, les projets qui en anticipent et dessinent l’avenir – un espace d’expérience du temps du point de vue symbolique, fonctionnel et sensible. La ville peut être interprétée comme un espace-temps en commun qui, dans sa forme, s’inscrit dans une complexe articulation de différents modes d’habitation et de cohabitation.

La compréhension des agencements spatio-temporels de la ville contemporaine, les éventuelles ruses habitantes qui les rendent habitables et co-habitables ; les savoirs et savoir-faire de gestion d’espaces mutualisés, ou à usages alternés et les possibilités qu’ils offrent en terme d’intensité et d’économie de ressources ; les formes de conflits entre la ville qui dort, la ville qui s’amuse et la ville qui travaille ; les migrations saisonnières des habitants résidents et temporaires, sont autant de thèmes à explorer en croisant nécessairement différents regards et modes d’observation de l’espace habité. Ce n’est pas le même lieu que l’on vit le jour ou la nuit, l’été ou l’hiver, ce n’est pas non plus la même expérience qu’on vit lorsqu’on traverse, qu’on flâne, qu’on se promène, qu’on travaille ou encore qu’on réside quotidiennement et durablement dans un lieu. En ce sens, les expériences de recherche menées par le LAA montrent l’existence des durées et des situations spécifiques propres à chaque lieu, qu’il devient nécessaire d’identifier afin de pouvoir en apprécier les singularités spatio-temporelles qui le caractérisent à un moment donné.

Il s’agit évidemment aussi d’un enjeu pratique, dans la mesure où une meilleure connaissance de ces caractéristiques et possibilités ouvre également des opportunités de projet et d’innovation inhérentes au changement même de regard ainsi qu’à la pertinence de ce regard que notre équipe propose de cultiver.

Nous proposons ainsi de contribuer à le réflexion sur le Projet urbain du quartier commencée par la Libera Repubblica di San Lorenzo en travaillant autour des temps qui régissent le quartier, en comprenant finement les logiques, les intersections, les possibles agencements mais aussi les imaginaires liés aux usages temporels de l’espace et leur réelle mise en œuvre. Nous serons particulièrement attentifs à comment l’expérience du temps façonne le quartier où certaines modalités de transformations urbaines sont mises en crise par des usages et des pratiques inscrits dans des temporalités autres.

Publicités